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Existence quand tu nous tiens, ou plutôt: Existence, puisque tu nous tiens. Voilà bien l’indubitable, la seule chose absolument certaine: nous existons, nous sommes là – nous en avons au moins la sensation – et… nous n’y serons bientôt plus. Nous avons été « jetés dans le monde » selon l’expression d’Heidegger, et nous n’y serons bientôt plus. Réjouissante perspective! De quoi se réveiller la nuit ou en faire des cauchemars. Car, c’est le second bien commun de l’humanité après le fait d’être en vie (pour l’instant), cette situation crée en nous une angoisse irrépressible. Une angoisse plus ou moins présente ou plus ou moins cachée; plus ou moins à la surface ou plus ou moins dans les profondeurs; plus ou moins assumée ou plus ou moins niée.

Car, une façon de nous définir, chacun dans notre singularité, est de regarder la manière dont nous gérons cette angoisse. Et encore gérer est-il un mot qui laisse supposer que nous pourrions avoir le contrôle; la manière dont nous nous accommodons de cette angoisse.

Une première façon et de n’y pas penser et, pour ce faire, s’occuper à autre chose, se distraire. Regarder les émissions de télévision, par exemple. À cet égard, les plus stupides sont probablement les plus efficaces. Je ne suis pas loin de penser qu’il y a dans ces recoins peu engageants de l’âme humaine une explication de l’attrait irrépressible d’une grande partie de nos contemporains pour le spectacle d’individus en train de s’écharper dans les programmes de télé-réalité. « J’ai pas envie de me prendre la tête » confessait récemment l’invitée d’une émission pour justifier son goût que ce genre d’émission. Ne pas se prendre la tête, c’est-à-dire – imaginez-vous en train de le faire vraiment, physiquement – garder l’angoisse dans les tréfonds, ne pas la laisser sortir et envahir notre conscience.

Une deuxième façon est de la nier. La croyance est ici un bel outil. Si nous sommes promis au paradis, alors à quoi bon s’en faire? Notez que je ne moque pas du tout ici les promesses de vie éternelle, mais seulement cette représentation étrange que nous pourrons passer de ce monde à l’autre, qu’il soit néant ou félicité, sans être profondément transformés, sans devenir quelqu’un ou quelque chose d’autre, autrement dit sans perdre celui ou celle que nous sommes. L’arme contre l’angoisse ici, c’est cette sorte de croyance que j’appelle certitude, une certitude qui renvoie les questions – existentielles entre autres – au silence, et qui prend des formes très diverses comme la religiosité dénuée de doute ou l’utopie. Je ne m’explique pas autrement l’attrait, cette fois-ci, des discours simplistes sur le monde, notamment les thèses conspirationnistes.

Une troisième façon est d’y faire face, de les accepter autant qu’il nous soit possible. En pratique, d’utiliser un mix de ces trois façons pour accueillir l’angoisse dans la mesure de nos moyens. Et, pour l’accepter, nous pouvons chercher à la comprendre, à mieux la connaître. Des auteurs, philosophes et psychologues, se sont attachés à la décrire sous différentes facettes… (à suivre)

Début d’une mini série sur les questions existentielles: http://www.quivogne.net/series/existence-quand-tu-nous-tiens/

Cet article est paru sur le site dirigeant.fr